MARATHON DE FLORENCE

 

FORZA FIRENZE ! ! !

La réputation de Florence, ville d'art et de culture n'est plus à faire. L'organisation d'une grande épreuve sportive comme le marathon lui confère également le statut de ville sportive.

Quand sport et culture font bon ménage


Tout marathonien à la recherche d'un déplacement à la fois sportif et culturel devrait mettre à son programme ce marathon. Une organisation impeccable digne des plus grands marathons mondiaux. Tout est vraiment calculé à la perfection pour le confort du coureur. Le samedi est consacré à la visite de l'expo marathon, classique comme la plupart des villages marathons avec stand des grandes marques sportives, produits diététiques spécifiques aux efforts de longue distance, stand de quelques marathons étrangers. Un seul stand français, celui du futur et 1er marathon de Marseille le 24 mars 2003 que j'ai d'ailleurs mis à mon programme 2003. Tout comme pour le choix des bons restos, j'ai le flair pour sentir les nouvelles courses et je suis persuadé que le marathon de Marseille connaîtra un grand succès. Il manquait un grand marathon dans le midi de la France et le choix de Marseille me parait être un bon choix. Le soleil, la mer et la faconde méditerranéenne devrait inciter beaucoup de coureurs à participer à cette première édition. De plus le coup de pouce de coureurs aussi charismatiques que Dominique Chauvelier et Irina Kazakova devrait constituer un gage de garantie pour le succès de cette course. Mais revenons à Florence. Dimanche matin 6h Le petit déjeuner est servi. Petit déjeuner classique (café, pain, beurre, confiture) pas très adapté pour le genre d'effort qui nous attend. Cela ne me gêne pas trop de prendre un petit déjeuner léger car les deux jours passés à Florence m'ont largement suffi pour constituer le stock de réserves de glycogène ; moi qui raffole des pâtes, j'avoue que là, j'ai été servi.
Tant sur le plan de la quantité que de la qualité.

Prego signore pasta y pasta ! ! !

Rien à voir avec les pâtes que l'on peut manger dans les pizzerias parisiennes où les pâtes baignent souvent dans une sauce écoeurante. Il faut au moins manger dans les tratoria si l'on veut manger correctement. J'ai testé les tratoria et les ristaurante et je suis sûr que certaines tratoria (il faut choisir les bonnes bien sûr !) valent bien des ristaurante. Je dois libérer ma chambre ce matin mais l'hôtelier me propose la garde du sac et la possibilité de prendre une douche après le course. Cet hôtel très confortable est très bien situé en plein coeur de Florence dans un quartier très typique avec ses rues pavées de grosses pierres. Quand je vous disais tout à l'heure que l'organisateur faisait bien les choses : le comité d'organisation a conclus un accord spécial avec les hôteliers à l'occasion du Marathon. Résultat : la nuit d'hôtel à 56 euro au lieu de 99 euro, le tarif normal. De plus ma demande particulière d'avoir un hôtel proche de la gare a été exaucée puisque la gare ne se trouve qu'à 400m de l'hôtel. Ce que j'apprécierai fortement pour rejoindre la gare le soir ! ! !. Le départ du marathon devant avoir lieu à 9h00, je quitte l'hôtel à 7h00 car je compte environ une heure de marche à pied pour atteindre Lungarno della Zecchha Vecchia d'où partent des navettes qui doivent nous conduire au départ Piazza San Michelangielo. Le départ ressemble à tous les départs de marathons : sourires crispés, visages tendus, attitudes anxieuses ou relax. J'aime étudier les différents comportements sur la ligne de départ. Chacun essaie de maîtriser son angoisse comme il peut. Certains font mine de plaisanter alors qu'au fond d'eux même, se cache peut être une profonde angoisse. D'autres trépignent d'énervement en crispant leur main sur leur chrono prêt à être déclenché dès le coup de revolver libérateur. Instants magiques où l'on sait ce qui nous attend mais où l'on ne sait jamais ce qui va nous arriver sur les 42,195km. Personnellement, l'expérience de mes nombreux marathons me permet maintenant d'aborder ce genre de moment avec la plus grande sérénité. Un dernier exercice de relaxation basé sur de profondes inspirations me permettent de conserver tout mon calme. 9h00, le départ est donné par un commentateur surexcité par la magnificence du moment. Nous tournons le dos à la Piazza San Michel Angelo.

Le monde est vraiment petit !

Le parcours débute par une longue descente. Il faut surtout ne pas s'emballer(difficile lorsqu'on est bon descendeur ! ! !). Vers le deuxième kilomètre, je reconnais dans le peloton, la silhouette très affinée de notre ami Christian Chamard qui venait de disputer le marathon de Figeac 15 jours auparavant. Habitué des longues distances, 7 course de 100 km disputées en 2002, courir un marathon est devenu pour lui une vulgaire formalité ! ! ! En vrai métronome, il prévoit un temps final de 3h42/3h43 ce qui correspond à mes temps actuels sur la distance. Nous faisons donc route commune pendant quelques kilomètres. Christian trouve le rythme trop rapide. Pourtant nous sommes en dessous de 12 km/h. M'étant mieux préparé que pour le marathon de Paris couru au printemps dans le temps de 3h42, je rêve de taquiner les 3h30 mais compte tenu des neufs derniers marathons courus en un temps largement supérieur, l'espoir est bien mince d'autant plus que le 5ème kilomètre est franchi avec plus d'une minute de retard sur le tableau de marche qui devrait m'amener sur la base des 3h30. Grande fut ma surprise de passer le dixième kilomètre avec 2minutes d'avance ! J'ai de bonnes sensations et les deux journées de marche intensive dans les rues de Florence ne semblent pas péjorer la forme. Pour la préparation de ce marathon, je me suis inspiré des nouvelles méthodes d'entraînement qui privilégient plus la qualité que la quantité. Mon kilométrage hebdomadaire inférieur à 80 km peut paraître dérisoire mais en fait, les courtes séances de seuil entre 14 et 15km/h effectuées dans les allées du jardin des plantes à la coupure de midi alliées à une sortie longue de 22 km le dimanche, sur les bords de l'Orge semblent porter leurs fruits. Au vingtième kilomètre, nous passons devant le célèbre palais Pitti, le plus grandiose des palais Florentins, au pied de la colline de Boboli. Ce palais construit au XVème siècle abrite désormais la Gallerie d'art moderne et la Galerie Palatine. Le semi est atteint en 1h48 sans fatigue particulière. Au passage, j'ai la très agréable surprise d'être encouragé par un autre de nos amicalistes, Jean Jacques Alliot, présent dans la foule des spectateurs.

Le <<Follow me>> de l'homme aux ballons

Depuis quelques kilomètres, j'ai le groupe des 3h30 en pont de mire. Tout comme à Paris, le marathon de Florence compte parmi les participants des coureurs expérimentés repérés par des ballons de couleurs différentes suivant le temps escompté. Ces coureurs sont sensés vous amener à votre objectif final. Je dis " sensés " car vous verrez par la suite qu'il faut parfois apporter quelques aménagements personnels pour atteindre l'objectif ! ! ! Les meneurs d'allure ont dans leur dos l'inscription " Follow me " (suivez moi) et le temps final. Une cinquantaine de coureurs forme une grappe littéralement attachée à ces ballons. Je suis un peu en retrait mais essaie en permanence de ne pas me laisser décrocher. Mais le besoin soudain de soulager une vessie bien remplie par les différents ravitaillements m'oblige à un arrêt prolongé. Je vois les ballons roses s'éloigner et lorsque je redémarre, je suis distancé d'au moins 400 m. L'erreur à ne pas commettre est d'accélérer pour rattraper le retard perdu et tenter à tout prix de recoller au peloton ?

Objectif : 3h30

Mais les bonnes sensations que j'éprouve ne font qu'aiguiser ma détermination. Le 30ème kilomètre est atteint en 2h29. C'est vraiment à cet instant là que j'ai décidé de fixer l'objectif à 3h30. Il reste 12 kilomètres à parcourir en une heure. Un des meneurs d'allure subit un sérieux coup de pompe et s'arrête brutalement sur le bord de la route. L'autre ballon rose paraît plus alerte . Nous ne sommes plus qu'une vingtaine à maintenir l'allure derrière notre meneur. Je calque ma foulée dans la sienne, les deux ballons me tapotent le visage. Ma motivation est de plus en plus forte et je sais désormais que je ne serai plus décroché. Le mental a pris le dessus, il ne peut plus rien m'arriver. Il y a très longtemps que je n'ai pas couru dans cet état d'esprit et quand je suis dans cet état, je suis quasiment indestructible, au risque de paraître prétentieux ! ! !
37ème kilomètre , je cours autant avec les bras qu'avec les jambes, Je me porte aux côtés du meneur d'allure et un coup d'oeil rapide me permet de voir que son état de fraîcheur n'est pas au mieux. Je me permets le luxe de quelques mouvements de relâchement des bras.

Ne plus compter que sur soi-même

38 ème kilomètre. Je décide de pousser un peu plus l'allure en ne m'occupant plus de personne, je suis désormais seul pour gérer ma course, je ne peux compter que sur moi-même. Je me visualise sur mon beau parcours d'entraînement dans le magnifique parc du château de Morsang-sur-Orge. Plus que deux tours de parc !. Les derniers kilomètres sont toujours très difficiles à gérer et c'est là qu'il faut à tout prix résister à l'usure et au travail de sape de la fatigue. 40ème kilomètre, Piazza Duomo, les encouragements du public sont là pour nous aider à en terminer. Le 41 ème me paraît interminable, je perds beaucoup de temps , je suis au bord des crampes, et encore obligé de baisser l'allure . Mais la vue de l'arche gonflable symbolisant la ligne d'arrivée sur la Piazza Santa Croce me redonne un regain de courage pour finir. Je coupe net à cette structure que je crois être la ligne d'arrivée qui en fait se trouve à 100m à angle droit . Cette erreur me coûtera une vingtaine de places et peut être les 3h29 que je n'ai pas vu sur le chrono d'arrivée. Un concurrent franchissant la ligne d'arrivée saisit sa casquette et d'un geste rageur la jette violemment à terre. Geste de dépit que je trouve ridicule car j'estime que franchir le ligne d'arrivée d'un marathon est pour moi une sensation magique qui devrait suffire au bonheur de chaque arrivant. Si ce coureur avait parlé la même langue que moi, je lui aurait simplement demandé de penser à ceux dont la principale préoccupation en se levant le matin est de savoir la quantité de nourriture qu'ils auront à partager avec leurs enfants. A moins que je lui demande peut être de penser à ceux que la vie a tout simplement privé de l'usage de leurs membres. Eux ne se posent plus la question de savoir s'ils courront un jour le marathon en 2h05 ou en 4h00...

Jacques Royuela