CHAMPIONNAT DU MONDE 2003

 

Les champions de l'ombre…

Samedi 23 août, 4h15. La sonnerie du réveil retentit près de moi. Heure inhabituelle pour un samedi matin. Le sommeil de cette nuit écourtée ne fut pas des plus réparateurs. Mes rêveries nocturnes flottaient déjà sur le stade de France où j'allais connaître pendant 9 jours des émotions d'une rare intensité. S'il est dans la vie de chacun des moments forts, ceux que j'allais vivre pendant cette semaine resteront à jamais gravés dans ma mémoire. Pour une fois, je me rends dans ce stade mythique non pas en tant que spectateur mais en tant qu'acteur. Non pas acteur principal, mais second rôle d'une pièce dont les rôles principaux seront tenus par ceux qui vont nous faire vibrer par leurs exploits sportifs au fil des jours.
Un an s'est écoulé depuis le jour où j'ai adressé ma candidature de volontaire au comité d'organisation de ces 9èmes championnats du monde d'athlétisme.

Pourquoi devient-on volontaire ?

Depuis la première édition des championnats du monde d'athlétisme IAAF d'Helsinki en 1983, le sport a profondément changé. Les performances des meilleurs athlètes, le soutien des fédérations nationales ont fait de ces championnats du monde le 3ème événement sportif mondial après les JO et la coupe du monde de foot. La France possède un réel savoir faire dans l'organisation de grands évènements (souvenons nous des JO d'Albertville en 1992 et de la coupe du monde de foot en 1998). Qu'est ce qui m'a conduit à faire acte de candidature ? La passion de l'athlétisme ,bien sûr, mais aussi l'envie de se rendre utile aux autres , de communier avec le public pour son bien-être, en bref, participer pleinement à la réalisation d'un grand projet avec le désir d'apporter sa petite pierre à la construction de l'édifice. J'aurai donc la chance de faire partie des 3700 volontaires retenus sur les 5500 candidatures. Le recrutement s'est opéré sur CV et après un entretien d'une trentaine de minutes suivi d'un petit test de connaissance en anglais, histoire de ne pas diriger le spectateur anglophone vers les toilettes s'il souhaitait simplement se rendre à la station de métro la plus proche!!!
Le comité d'organisation mis en place depuis le 15 mars 2002 est présidé par Jean Dussourd, ancien préfet du Pas de Calais. Gabriel ESSAR en est le Directeur général. Il est assisté par 6 Directions : Direction financière, Direction Marketing, Direction du site Stade de France, Direction RH, direction du village des athlètes et Direction sécurité. La tâche est gigantesque puisqu'il faut accueillir des représentants de 210 pays, 2500 journalistes, 2000 athlètes, 3700 volontaires. 2000 d'entre nous seront affectés au stade de France, les autres officieront au village des athlètes, sur les stades d'entraînement et d'échauffement, dans les hôtels officiels, dans les aéroports ou dans les centres d'accréditation avec un souci permanent, : accueillir les athlètes, les officiels, les représentants des médias et le public dans les meilleures conditions.
La journée du 29 juin est une date clé, le comité d'organisation nous réunissant ce jour-là pour une journée de motivation animée par Gérard Holtz.

Comme à la SNCF, une formation sur l'accueil !

Je bénéficierai de deux autres journées de formation plus ciblées sur la mission qui me sera confiée à savoir le contrôle d'accès avec un module accueil athlètes, journalistes et VIP et un module accueil spectateurs. Au cours de cette formation, seront abordées toutes les recettes comportementales à observer pour l'accueil : le sourire, la disponibilité, une efficacité réactive aux diverses sollicitations.
Je suis affecté à l'équipe " Joker ", une sorte de réserve comme nous la connaissons dans notre entreprise sauf que le calcul de réserve est quelque peu différent du notre : notre équipe se compose de 26 volontaires pour un effectif de 800 personnes!!! (J'en connais au moins un qui salive à l'idée des gains de productivité qu'il pourrait réaliser si les mêmes règles étaient appliquées dans notre entreprise!!!) Autant dire que la tâche sera rude et que nous ne chômerons pas pendant ces neufs jours d'autant plus qu'au fil des jours le nombre de défection de volontaires ira en croissant.

L'accueil spectateurs

L'accueil des spectateurs nécessite une vigilance de tous les instants. D'un coup d'œil, il faut vérifier la conformité des billets, la date, si le billet est valable pour la seule matinée ou pour l'après-midi, détecter une contrefaçon.
L'organisation mise en place à chaque tripode repose sur une équipe de 6 à 8 personnes environ encadrées par un chef d'équipe. Dès le franchissement du tripode, il faut orienter les spectateurs vers les agents de fouille avec séparation hommes/femmes. Ce contrôle est très strict : boissons, couteaux, fourchettes, même les drapeaux à hampe sont retenus. Il faut donc organiser un service de consigne à chaque porte.
Au cours des journées consacrées à l'accueil des spectateurs, je dus faire face à des demandes variées allant de la jeune femme obligée de sortir du stade pour allaiter son enfant, de la jeune fille dont la sœur vient d'être conduite au centre de soins, de la croix-rouge, du spectateur insistant pour aller acheter son sandwich à l'extérieur : "Mais Monsieur, vous me reconnaîtrez au retour, je reviens de suite ! ". Il est bien sûr évident de mémoriser des milliers de visages qui vont me faire la même demande!!!
Quoi qu'il en soit, l'accueil des spectateurs qu'il s'agisse de l'accueil à l'extérieur ou en tribune demande une grande abnégation. Il faut sans cesse avoir à l'esprit le premier principe de la charte des volontaires " Je suis courtois, respectueux et souriant " Malgré la foule, toujours le petit mot gentil pour chacun des spectateurs. Je dois signaler l'extrême courtoisie de ce public à notre égard. Au fil des jours, je le sentais plus proche de nous, peut être enjoué par les performances de nos athlètes. Bon nombre de spectateurs quittant le stade le soir après les épreuves venaient nous voir spontanément pour nous dire leur bonheur d'avoir passé une excellente journée et nous adresser leurs compliments pour l'accueil que nous leur avions réservé.

Le contrôle d'accréditation

Les accrédités sont des personnes autorisées à circuler à l'intérieur du stade (mais pas partout) sur présentation de leur carte d'accréditation accrochée autour du cou. Une autre de mes tâches accomplies durant la semaine sera le contrôle d'accréditation Nous avons donc du gérer pendant ces neuf jours 20000 accrédités (athlètes, journalistes, entraîneurs, délégations, volontaires). Il existe 16 zones d'accréditation et bien sûr, tout le monde ne peut pas accéder n'importe où . Difficile de refuser l'accès à un chef de délégation (je ne citerai pas laquelle pour ne pas risquer l'incident diplomatique!!!). Difficile aussi de gérer les flux des " vomitoirs " (nom donné à la bouche d'accès aux rangées de sièges), surtout celui offrant la meilleur visibilité de tout le stade sur la ligne d'arrivée et où bien sûr tout le monde se précipite aux moments cruciaux.

Le centre de presse

La journée du jeudi me permettra de voir en détail le fonctionnement du centre de presse. Je suis là au cœur de l'événement. Il règne dans cet endroit une effervescence permanente. Les spectateurs assis dans les tribunes ne peuvent s'imaginer que sous leurs sièges, une véritable ruche humaine s'active pour donner au monde entier les dernières infos. Bureaux entiers bourrés d'appareillages d'où partent des articles aux quatre coins du globe, ballet des reporters photos qui courent de la zone mixte au niveau de la piste jusqu'à leur ordinateur pour visionner les meilleurs clichés qui feront la une des journaux du lendemain.

Au contact des athlètes

Je ne peux bien sûr citer tous les athlètes que j'ai côtoyés au cours de cette semaine, mais je dois dire que la dernière journée devait me réserver deux grandes émotions. La première, vécue sur le stade d'échauffement en compagnie des 4 mousquetaires du 4x400 Stéphane Diagana, Marc Raquil, Leslie Djhone et Namann Keita. Je mesure à cet instant le privilège que j'ai de partager les derniers instants avec ceux qui vont déclencher les clameurs des 60000 spectateurs qui les attendent dans le stade surchauffé. Bien qu'étant très proche, je me fais bien sûr le plus discret possible. Moments de tension extrême. Instants magiques de recueillement, les petites tapes amicales, les regards qui se croisent et qui en disent long, les dernières recommandations des entraîneurs avant l'entrée dans la chambre d'appel. Ce moment n'appartient qu'à moi et je le savoure!!! La dernière émotion de la semaine, je la vivrai jusque tard dans la nuit du dimanche au cours de la magnifique fête prévue à la cité universitaire. Le comité d'organisation nous a fait un merveilleux cadeau en nous offrant la possibilité de participer à la soirée des athlètes. Athlètes et volontaires tous mêlés dans une joyeuse ambiance festive. Même si la fatigue se fait durement ressentir, la récompense est là avec la satisfaction d'avoir œuvré pendant 9 jours pour offrir du rêve aux 550000 spectateurs et au milliards de téléspectateurs. Cette part de rêve que vous ont donné les athlètes dans la lumière, nous sommes fiers d'y avoir participé, nous, les champions de l'ombre…

Jacques Royuela